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Le reste de l'article L'Amour du Prophète pour al-Hassan


Le reste de l'article L'Amour du Prophète pour al-Hassan

Même lorsque le Prophète se trouvait en plein devoir religieux ou en pleine réunion publique, il évitait de contrarier son petit-fils et de le priver de son affection, comme s'il voulait signifier à la Ummah que cette affection n'était pas seulement une affaire personnelle. Ainsi, un jour, pendant que le Messager de Dieu faisait une prédication du haut de sa chaire et qu'il vit al-Hassan et son petit-frère al-Hussayn se diriger vers lui en se faufilant entre l'assistance et en trébuchant dans leurs longues chemises qui entravaient leurs pas, il interrompit son prône et descendit de la chaire pour les porter sur ses genoux et s'adressant à l'auditoire, il dit comme pour s'excuser: «Certes, Dieu et Son Messager ont dit la vérité: "Vos biens et vos enfants constituent une tentation pour vous..."»(23) et d'ajouter, comme pour se justifier: «Mais voyant ces deux enfants trébucher en marchant, je n'ai pu m'empêcher d'interrompre ma parole pour les porter».(24)

L'enfant al-Hassan, se sentant très dorloté et choyé par son grand-père, ne se privait guère du plaisir de venir jouer avec lui même aux moments les plus délicats de recueillement et de culte. Il montait par exemple sur le dos du prophète lors d'une prosternation (sujûd), le Messager le laissait faire jusqu'à ce qu'il descende de lui-même. Bien plus, pendant une génuflexion (rukû')(25), remarquant que l'enfant essayait de passer entre ses jambes, il les écartait pour lui faire un passage. Parfois, dès qu'il pliait les genoux pour se prosterner, al-Hassan se jetait sur son épaule. Si on essayait de l'en écarter, le Prophète faisait signe de le laisser faire.(26)

Les Compagnons s'étonnaient souvent de ce traitement hors du commun que le Prophète réservait à son petit-fils et de l'attachement exceptionnel qu'il éprouvait pour lui, et ils ne manquaient pas de le lui faire remarquer. Le Messager de Dieu saisissait chaque fois l'occasion pour souligner à leur attention la place toute particulière qu'al-Hassan occupait dans son coeur et la nécessité pour les Musulmans d'en tenir compte.

Selon Abou Bakr, cité par al-Hâfidh Abi Na'îm:

«Un jour pendant que le Prophète (Ç) conduisait notre prière, al-Hassan, petit enfant à l'époque, est venu monter tantôt sur son dos tantôt sur son cou le Prophète (Ç) l'enlevait alors très doucement. Lorsqu'il finit sa prière, les fidèles lui dirent: "Ô Messager de Dieu! Ce que tu fais pour cet enfant tu ne le fais pour personne d'autre!". Le Prophète (Ç) répondit:

"Celui-ci (al-Hassan) est mon bouquet de fleurs"».(27)

Si l'amour inégalé du Prophète (Ç) pour son petit-fils s'exprimait tantôt par des baisers, des caresses et par toutes sortes de dorlotement, tantôt par une nourriture spirituelle consistent, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, en des supplications(28) qu'il adressait à Dieu en sa faveur, ou en des formules sacrées qu'il lui inculquait en les soufflant dans ses oreilles(29), cet amour, le Messager de Dieu (Ç) l'exprimait parfois par des gestes paternels encore plus pathétiques; par exemple, en trempant de sa salive les lèvres d'al-Hassan pour étancher ou tromper sa soif. C'est ce qui se produisit un jour de l'an de la soif où Fâtimah al-Zahrâ' angoissée par la souffrance de ses deux enfants haletants de déshydratation, les apporta à leur grand-père, lequel faute de mieux, leur offrit sa langue pour qu'ils la sucent et se soulagent.

Ce geste montre d'ailleurs une autre facette de la grande affection du Prophète pour al-Hassan. En effet si une immense joie emplissait le coeur du Prophète chaque fois qu'il voyait son petit-fils jubilant, une immense tristesse lui fendait le coeur chaque fois qu'il le sentait souffrant. C'est pourquoi dès qu'il entendait al-Hassan ou son frère pleurer, il appelait Fâtimah al-Zahrâ', en lui disant: «Pourquoi cet enfant pleure-t-il? Ne sais-tu pas qu'il m'est pénible de le voir pleurer».(30)

D'autre part le Prophète (Ç) se sentait si attaché à son petit-fils qu'il supportait difficilement de s'en séparer lorsque les circonstances de l'appel exigeaient qu'il s'absentât. Aussi tenait-il à amener avec lui al-Hassan et son frère au moins pendant ses courts déplacements, les mettant sur sa monture, l'un devant lui, l'autre derrière, évitant ainsi qu'ils ne lui manquent et qu'il ne leur manque durant son absence.

Les cajoleries auxquelles al-Hassan a eu droit de la part de son grand-père étaient si fréquentes qu'elles restèrent gravées dans la mémoire de tous ceux qui avaient eu le privilège de fréquenter le Prophète. Ainsi Abou Hurayrah rencontrant un jour al-Hassan, bien après la disparition de son grand-père, le saisit et dit: «Laisse-moi t'embrasser là où j'ai vu le Messager de Dieu (Ç) t'embrasser», et l'embrassant sur le nombril, il témoigne: «J'ai vu de mes propres yeux al-Hassan tenir de toutes ses mains celles du Prophète (Ç) et poser ses pieds sur les siens; et j'ai entendu alors de mes propres oreilles le Prophète lui réciter cette berceuse: "Petit nain, petit nain..."; après quoi al-Hassan escaladait (le corps du Prophète) jusqu'à ce qu'il posât ses pieds sur la poitrine de son grand-père, lequel l'embrassait sur sa bouche».

  Notes :


14. . Ibn Kathîr, citant Anas Ibn Mâlik, écrit dans "Istich-hâd al-Hussayn", p. 138: «Le Prophète disait: "Apportez-moi mes deux fils (al-Hassan et al-Hussayn)". Puis il les reniflait et les étreignait».

15. . Selon al-Wasâ'il, citant l'Imam al-Çâdiq: «Lorsqu'un homme dit au Prophète: "Je n'ai jamais embrassé l'un de mes enfants", le Prophète dit après son départ: "Pour moi, cet homme est au nombre des habitants de l'Enfer"». Chap. 90, Hadith 2.

16. . Cité par Ibn Kathîr, "Istich-hâd al-Hussayn", p. 138.

17. . Voir: "Al-Imam al-Hassan Ibn 'Alî", Dâr al-Tawhid, op.cit., p.19.

18. . Cité par Ibn Kathîr, "Istich-hâd al-Hussayn", op. cit., p 139.

19. . Cité par plusieurs sources. Voir:

- "Al-Fuçûl al-Muhimmah" d'Ibn al-Çabbâgh al-Mâlikî;

- "A'lâm al-Warâ" d'al-Tabarsi;

- "Ahl-Elbeit" de Tawfîq Abu 'Alam... etc.

20. . Cité par M. J. Fadhlullâh, op. cit., p. 17.

21. . Cité par "Al-Hassan Ibn 'Alî...", Kâmel Sulayman, Dâr al-Kitâb al-Lubnâni, 1979.

22. . "... Al-Imam al-Hassan", Dâr al-Tawhîd, op. cit., p. 20, citant plusieurs chaînes (voir note 24).

23. . Le Prophète cite ici un Verset coranique: «Sachez que vos biens et vos enfants constituent pour vous une tentation, mais qu'une récompense sans limites se trouve auprès de Dieu». (Coran 8: 28)

24. . Voir: Ibn Kathir, "Istich-hâd al-Hussayn", op. cit., p. 139. Ce hadith est rapporté par l'imam Ahmad citant Buraydah citant son père.

25. . Sujûd et rukû': une partie de la prière.

26. . Kâmel Sulayman, op. cit. p. 21.

27. . "... al-Imam al-Hassan Ibn 'Alî", Dâr al-Tawhid, op. cit., p. 19, citant plusieurs sources, cf. note 6.

28. . Telle que: «Mon Dieu j'aime al-Hassan, aime-le donc...».

29. . Par exemple, l'Adân et l'Iqâmah que le Prophète prononça dans les oreilles d'al-Hassan lors de sa naissance.

30. . 'Abbas Mahmoud al-'Aqqâd: "Al-Abqariyyât al-Islâmiy- yeh", tom II, p. 315.